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I N D I A

octobre 2017
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Carnet de voyage

J'avais entendu beaucoup d'histoires sur l'Inde. Sur l'Inde du Nord précisément. J'étais prête pour ce voyage aux antipodes de mes repères et de ma petite vie bien réglée. J'étais prête à vivre cette expérience unique.

Départ
01 octobre 2017

Paris, France Delhi, Inde

Paris - Oman - Delhi

Dimanche après-midi. Je boucle mon sac et attrape un RER pour rejoindre Aurore à l’aéroport de Roissy. Ni elle, ni moi, ne connaissons déjà l’Inde. Une grande première en perspective.

« J’ai hâte. »
« Et. Moi. Donc. »

Nous voici, quelques heures plus tard, confortablement installées sur les deux premiers sièges de l’appareil. Non non, pas sur les genoux du pilote mais bien en business class, à grand renfort de champagne. Un sacré upgrade qu’on pouvait difficilement refuser. Merci Oman Air. Autant vous dire que le vol jusqu’à Oman est passé vite. Nous retrouvons la classe « économie » pour le deuxième vol et atterrissons à Delhi en fin de journée.
Nous nous engouffrons dans la voiture de Mamane qui nous emmène jusqu’à notre hôtel. Sur le chemin : des petits qui courent cul nu sur les pavés, des vieux qui font cuire leur repas sur un feu sous un pont, des femmes enceintes qui mendient. L’Inde est là. Les scènes défilent pour l’instant derrière la vitre de la voiture climatisée, comme une barrière encore entre elle et nous. Vivement demain qu’on plonge dans le grand bassin.

J 2
03 octobre 2017

Delhi

Old Delhi, New Delhi, Delhi, Inde New Delhi, Delhi, Inde

6h.

Delhi s’éveille. Je me souviens m’être demandé pourquoi faire cette balade à vélo si tôt. On aura toute la journée après tout. Et bien non. Non car à partir de 8h, Old Delhi est le plus vaste capharnaüm d’Asie et parce que la chaleur risque de liquéfier nos petits organismes fragiles. Nous enfourchons donc nos vélos à l’aube sous une chaleur déjà bien pesante et partons à la découverte des ruelles d’Old Delhi.

Et là, c’est parti.

C’est parti pour un tourbillon de visages, de paires d’yeux qui vous fixent et de regards surpris. Notre vélo se faufile entre les passants, les poules, les chiens errants, les deux roues et les voitures, au rythme des concerts de klaxon. Dans les ruelles se mêlent les odeurs de l’encens qui brûle et celles d’excréments et d’urine, les couleurs vives des saris soignés des femmes et celles plus sombres des guenilles salies des Intouchables. Nous traversons des recoins de ville délaissés où règne un silence presque religieux et la minute d’après nous pédalons au cœur d’une avenue surpeuplée bercée par le bruit infernal des tuktuk débridés. Puis tout à coup des couleurs. Des couleurs de partout. C’est le marché aux épices qui vous pique les yeux et titille les narines. Désormais, il fait chaud, Old Delhi est en ébullition, même les piétons sont coincés dans les bouchons. Nous délaissons cette foule pour retrouver un bout de ville plus paisible. Quelques coups de pédale suffisent pour nous extirper de ce tumulte urbain et nous offrir une rencontre fortuite, avec un marchand de masala Chai. J’hésite forcément à me laisser tenter par ce breuvage de rue. On ne sait jamais, c’est quand même l’Inde… puis je repense à mon stock d’immodium et décide de prendre le risque. Alea jacta est, je pose mes lèvres sur le godet en carton et découvre des saveurs venues d’ailleurs. Le temps se fige pendant quelques minutes, nous observons les gens qui passent assises sur un bout de trottoir, notre thé à la main. Le moment vient alors de reprendre la route pour aller découvrir d’autres perles de la capitale indienne comme la Grande Mosquée ou encore le Fort Rouge.

Nous avons rendez-vous en fin de journée avec Mamane pour qu’il nous conduise à la gare. Nous allons voyager en train de nuit pour nous rendre à Jaisalmer. Sur la route, nous nous rendons compte que le timing est beaucoup trop serré, les bouchons se condensent chaque minute un peu plus, l’équation ne fait qu’un tour dans ma tête : nous allons rater le départ. Il semblerait que Mamane en arrive à la même conclusion. Ni une, ni deux, nous descendons du véhicule aux abords d’une bouche de métro et, escortées par notre assistant gare, nous entreprenons de nous rendre à la gare en métro. Habituée au métro parisien, où les personnes qui veulent monter s’écartent pour d’abord laisser passer ceux qui veulent descendre (enfin, généralement), je découvre une nouvelle méthode d’accès aux rames : foncer dans le tas. Quand les portes s’ouvrent, il faut simplement avancer tête baissée vers son objectif sans tenir compte des uns et des autres. Intéressant.

Après ce petit périple sous-terrain et la remontée au pas de course des quais de la gare, nous atteignons finalement notre compartiment dans le wagon en temps et en heure. Tout à l’air calme et ordonné, un drap bien plié et un oreiller nous attendent sur nos couchettes, la clim me fait un bien fou après cette journée de feu. Le train démarre finalement avec l’heure de retard réglementaire et fend la nuit en direction de la ville dorée, la première étape de notre découverte du Rajasthan.

J 3
04 octobre 2017

Le début de notre traversée du Rajasthan

Jaisalmer, Rajasthan, Inde

Nous arrivons tôt le matin, le soleil trône déjà haut dans le ciel et une chaleur de plomb s’abat sur nos têtes. Le contraste avec Delhi est immédiat : une seule voie ferrée dessert la ville contrairement aux dizaines présentes à Delhi. Le sol poussiéreux annonce les portes du désert, le pas est plus lent, la foule moins dense.

Nous profitons de la matinée pour errer dans les rues de la ville, prendre son pouls. Les vendeurs de bijoux et de souvenirs nous alpaguent, les motos et tuktuks surgissent de partout et les vaches, impassibles, se mêlent aux passants. Nous découvrons de superbes havelis érigées il y a déjà plusieurs siècles, témoins du savoir faire local de l’époque. Si les havelis sont grandioses, c’est l’atmosphère qui me marque le plus. Au détour de rues, nous rencontrons hommes, femmes et enfants, tous ont cet air suspicieux dans le creux des yeux et une esquisse de sourire au bord des lèvres. Une gamine montre mon appareil photo, peut-être est-elle habituée à voir passer du monde le réflex autour du cou. Nous nous arrêtons, je lui place entre les mains et elle s’amuse avec, photographie sa sœur, puis Aurore et moi. Aucune photo n’est réussie mais cette rencontre est tellement précieuse. Je pars avec son portrait gravé sur ma carte mémoire et le souvenir d’un moment pur. Nous ferons des dizaines de rencontres comme celle-ci aujourd’hui, toutes plus éphémères et toutes plus touchantes les unes que les autres.

Le soir venu, alors que l’air se rafraichit à peine, nous partons en direction du désert du Thar pour une balade à dos de dromadaire. Je regrette le manque d’authenticité de cette balade, nous sommes les uns après les autres à nous suivre sur la même langue de sable à la recherche d’un spot sympa pour observer le coucher de soleil. Lorsque nous trouvons un morceau de dune un peu moins fréquenté que les autres, nous descendons de nos montures imposantes et nous laissons tomber sur le sable chaud. Un délicieux moment, malgré tout.

J 4
05 octobre 2017

De Jaisalmer à Jodhpur

Jaisalmer, Rajasthan, Inde Jodhpur, Rajasthan, Inde

Nous continuons ce matin notre visite de Jaisalmer et surtout de son fort. Nous nous perdons dans ses allées et découvrons ici et là temples jaïns, habitations et échoppes de souvenirs. Je m’imagine Sonar Quila à l’époque de Rawal Jaisal lorsqu’on voyait encore passer les caravanes de chameaux chargées d’or, de tissus, d’épices et d’opium. Ce fort est si bien conservé qu’il transporte dans le passé.

Le midi, nous nous installons sur le balcon d’un restaurant isolé, perché sur les remparts. En tailleur sur des coussins de toutes les couleurs, nous profitons d’une vue imprenable sur Jaisalmer et nous délectons de plats aux milles épices. La nourriture en Inde m’a déjà conquise et ne cesse de me surprendre. Un vrai régal.

Nous reprenons le train en fin de journée pour rejoindre Jodhpur à trois cent kilomètres de là que nous atteignonsune fois la nuit tombée.

J 5
06 octobre 2017

Au cœur du Rajasthan

Jodhpur, Rajasthan, Inde Jaipur, Rajasthan, Inde

Jodhpur – Ranakpur – Udaipur – Bundi – Kota – Jaipur

Les jours se succèdent et ne ressemblent pas. Nous poursuivons notre découverte d’un Rajasthan surprenant. Nous allons de temples en palais, de la cité bleue à la cité blanche, de peintures murales en statues imposantes… Nos papilles voyagent aussi : nous testons tous les currys et tous les paneer imaginables. Les naans, parathas, roti, chapati et autres puris n’ont plus de secrets pour nous. Nous nous accoutumons au bruit et à la foule, aux rabatteurs qui ont une commission à toucher, aux vendeurs qui ont quelque chose à vendre et aux chauffeurs qui ont un tuktuk disponible puis nous ne supportons plus rien de tout cela la minute qui suit. Nous passons par toutes les émotions en quelques fractions de secondes, d’une sérénité proche de la léthargie à l’agacement, l’irritation et la contrariété. Impossible de ne pas vivre en même temps que ce pays toutes ses contradictions. L’Inde est belle et sale, triste et joyeuse, riche et pauvre, calme et bruyante… Elle doit être balance. Telle qu’on la connaît aujourd’hui, elle est née le 15 août 1947… C’est Lion ça. Cela lui va bien aussi. Féroce, forte, grandiose. L’Inde est une lionne.

Je retiens de ma traversée du Rajasthan la découverte insolite du fort de Mehrangarh, par les airs, grâce à une chouette aventure en tyrolienne. Je retiens la rencontre avec cette famille, fièrement Warrior, qui nous a accueillies le temps d’un cours de cuisine, d’un dîner et qui nous a transmis bien plus que quelques recettes. Je retiens les voyages en train, les échanges avec les autres passagers et les masala Chai partagés. Je retiens les cloches des temples qui sonnent et les appels à la prière diffusés mélodieusement depuis les minarets. Et je retiens les gens croisés à Bundi et Samal qui m’ont beaucoup touchée. Si les programmes sont là pour promettre de beaux palais et de majestueux temples, rien n’est écrit quand il s’agit de se perdre dans les ruelles des villes secondaires et d’aller se créer soi-même son propre itinéraire et sa propre magie. Les pierres des palais parlent en Inde, c’est une évidencemais les regards, les rires, les sourires et les gestes des gens racontent d’aussi grandes histoires.

 

J 11
12 octobre 2017

L’Uttar Pradesh

Jaipur, Rajasthan, Inde Agra, Uttar Pradesh, Inde

Jaipur – Fatehpur Sikri – Agra


Le clap de fin de notre aventure au Rajasthan retentit à Jaipur, la capitale de l’Etat, que nous quittons en voiture pour rejoindre Agra. En chemin, nous faisons un arrêt à la Grande Mosquée de Fatehpur Sikri, dans l’état de l’Uttar Pradesh, qui restera mon pire souvenir de ces quinze jours. Le lieu est beau mais il est gâché par le harcèlement continuel des faux guides et des faux gardes qui vous mentent en énonçant jusqu’à de faux principes de l’Islam pour vous imposer une visite payante avec eux et qui vous suivent et vous collent jusqu’à ce que vous acceptiez ou fassiez tout simplement demi-tour. Un parfait exemple d’un moment où j’étais loin, très loin, de l’état de sérénité presque léthargique que j’évoquais avant.

Nous arrivons en début d’après-midi à Agra. Les sacs à peine posés dans la chambre, nous filons récupérer un billet d’entrée pour le Taj Mahal et nous empressons d’aller découvrir cette merveille du monde. Il est là. Brillant. Imposant. Majestueux. Il est juste devant moi. Je n’en reviens pas. Nous faisons le tour du propriétaire tout en découvrant l’histoire et les légendes de ce géant de marbre. Je reste scotchée par ma chance d’être ici et profite pleinement de cette parenthèse enchantée.

J 12
13 octobre 2017

La ville sainte

Agra, Uttar Pradesh, Inde Paris, France

Agra – Varanasi – Delhi - Paris


Nous profitons d’une ultime balade dans le centre d’Agra avant d’aller prendre notre dernier train du périple, celui qui nous conduira dans la mystique ville de Varanasi.

Nous découvrons le Fort Rouge de la ville, plus joli que celui de Delhi, et quelques rues qui nous offrent au passage des scènes de vie quotidienne dont je ne me lasserai jamais.

Une douzaine d’heures de train nous conduira jusqu’à la capitale de l’hindouisme. Je n’ai qu’une idée en tête : rejoindre les rives du Gange et voir ce qu’il s’y passe. En prendre plein la vue. Ressentir la ferveur des fidèles. Mais nous gardons cela au chaud pour ce soir. En attendant, nous jetons notre dévolu sur la cité bouddhiste de Sarnath, l’un des quatre lieux saints du bouddhisme.

En fin de journée, nous montons à bord d’un rickshaw pour atteindre les Ghats. Le trajet me paraît interminable, je n’ai jamais vécu une foule aussi dense en Inde… et pourtant ! Piétons, rickshaws, voitures, vélos, tuktuk, vaches… tout le monde est bloqué dans cette marée humano-mécanique. Il faut cinq minutes pour faire dix mètres. Au bout de ce trajet en rickshaw, la route n’est pas finie : quelqu’un nous attend pour nous conduire à pied jusqu’à la barque que nous allons emprunter pour naviguer sur le Gange et depuis laquelle nous verrons la cérémonie d’Aarti. Il fait déjà nuit et nous traversons des rues à peine éclairées, je retrouve les sensations que m'avait procurées Old Delhi. Je retrouve les mêmes odeurs d’encens, d’urine, d’épice et d’humidité, la même chaleur moite, les poules qui vous coupent la route, les gens qui vous fixent. Mais, ici, l’Inde me semble plus pauvre que jamais. Je n’avais jamais vu autant de mendiants au mètre carré. Certains ont l’air très malade. Je vois le cancer, je vois la lèpre. Tout se vit intensément. Il n’y a pas de demi-mesure. Et c’est à prendre ou à laisser.

Nous arrivons sur les Ghats et montons à bord de notre barque. Tout s’apaise tout à coup. Nous observons désormais depuis le Gange l’agitation sur les rives. Nous voyons au loin une cérémonie de crémation. Ici, pas de larme, mourir à Varanasi est une délivrance. Une libération des cycles de la réincarnation. Alors, on célèbre la mort, les gamins continuent de jouer autour du défunt alors que le feu crépite. Les restes du corps seront dispersés dans le Gange et le cycle naturel se chargera de les évacuer. Et la vie continue. Emouvant. Choquant. Captivant.

Nous regagnons notre hôtel après la cérémonie d’Aarti avec, en tête, d’étranges images qui défilent sur un fond de chants sacrés.

Fascinées par le Gange et ses rives, nous remettons le couvert le lendemain matin pour découvrir le fleuve au lever du soleil. L’ambiance est encore différente de la veille. Nous voyons davantage de scènes de purifications. Les Hindous viennent en masse s’immerger dans le fleuve. Certains boivent même son eau. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit quand même d’un des fleuves les plus pollués au monde où se mélangent égouts de la ville, restes de cadavres humains et des tonnes de déchets plastiques. Je suis en parfaite hallucination lorsque je vois cet homme qui s’y lave les dents alors que sur le Ghât d’à côté une femme entreprend sa lessive hebdomadaire. Je voulais ressentir la ferveur des fidèles, je la vois mais ne peux la ressentir. Mon petit cerveau cartésien ne me permet pas ce lâcher-prise. La prochaine fois, peut-être…

Notre aventure (et quelle aventure !) en Inde touche à sa fin ici à Varanasi. Nous reprenons un vol en direction de Delhi et nous nous envolerons demain matin en direction de la France. Et je partirai le cœur rempli à ras-bord et la rétine tatouée d’images. Merci, « Incredible India ».

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16 octobre 2017
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