Dans Actus Nomade

Avez-vous déjà imaginé voir la véritable capsule Vostok 1 de Gagarine, visiter l’émouvante maison de Konstantin Tsiolkovski – fondateur de l’astronautique – à Kalouga, ou encore pénétrer dans la confidentielle Cité des Etoiles, base d’entraînement des cosmonautes russes ? Ou revivre l’épopée de la conquête de la Lune, et contempler le scaphandre de Neil Armstrong au National Air and Space Museum à Washington, visiter le Johnson Space Center à Houston et le Kennedy Space Center à Cap Canaveral, et rencontrer un astronaute américain ? Tout cela est possible, depuis 2019, avec Nomade Aventure ! Une exclusivité en France (et probablement en Europe) que l’on doit largement aux motivations, très personnelles, de son directeur général, Fabrice Del Taglia, mordu d’espace depuis un bail… Dans cette interview, Fabrice nous raconte les dessous de l’histoire !

Fabrice, qu’est-ce qui justifie la présence de voyages sur le thème de l’espace dans l’offre d’une agence de trek comme Nomade Aventure ?

D’abord, Nomade Aventure n’est pas qu’une « agence de trek », c’est un tour opérateur spécialisé dans le « voyage d’aventure », pas forcément à pied. Certes, il s’agit le plus souvent de sortir des sentiers battus, d’arpenter des zones peu fréquentées, où par définition il y a rarement des routes, ce qui nous amène souvent à marcher (ou à pagayer, chevaucher, glisser, etc.). Mais ce n’est généralement pas un but en soi. Or, l’exploration spatiale – dont nous ne sommes qu’à l’aube – n’est-elle pas une des plus grandes aventures humaines ? Qu’est-ce qui est davantage « hors des sentiers battus » que l’espace, même si quelques centaines d’hommes et femmes y sont allés ? Alors certes, nous ne proposons pas (encore) de voyage réellement dans l’espace, mais nos voyages permettent de vivre l’aventure spatiale par procuration, et croyez-moi, ils procurent de sacrées émotions à leurs participants !

Sans doute, mais si Nomade est la seule agence à le proposer, il doit y avoir une autre raison.

Fabrice Del Taglia avec le cosmonaute Pavel Popovitch, Cité des Etoiles, URSS, avril 1980 – © Vitalli

En effet, et je dois bien avouer en être le principal responsable. J’ai des raisons personnelles d’avoir souhaité proposer de tels voyages à nos clients. A l’âge de 11 ans, alors passionné par la conquête spatiale, j’avais eu la chance de remporter un concours sur ce thème organisé par le magazine Pif Gadget. On était à l’été 1979, la sonde Voyager survolait Jupiter avec à son bord un disque vidéonumérique à destination d’une civilisation extraterrestre, tandis que Pioneer 10 avait emporté la fameuse plaque dorée de Carl Sagan et Frank Drake, dont Pif nous avait offert une petite reproduction ! Et le premier prix, que j’avais donc gagné, consistait en un voyage d’une semaine en URSS sur le thème de l’espace, dont la visite de la Cité des Etoiles (où j’ai rencontré Pavel Popovitch, le 4ème cosmonaute soviétique), de Kalouga, et de la Maison de Korolev, le mythique fondateur du programme spatial soviétique, à Moscou ! Un rêve absolu pour le gosse que j’étais. La vie a voulu que je ne devienne pas astronaute, ni même scientifique, mais, bien des années plus tard, devenu directeur marketing d’un organisme de colonies de vacances à thèmes (scientifiques en particulier), j’ai pu créer, en 2011, un voyage comparable pour les ados passionnés comme je l’étais, à l’occasion du 50ème anniversaire du vol de Gagarine. Pour Nomade, j’ai voulu m’adresser à tous, petits et grands, enfants qui rêvent de marcher sur Mars aussi bien que ceux qui se souviennent avoir entendu à la radio le bip-bip de Spoutnik 1 ou s’être relevé la nuit pour voir marcher Armstrong sur la Lune.

Et vous-même, avez-vous pris part à ces voyages, depuis que Nomade les propose ?

Jean-Pierre Haigneré et Fabrice, à bord d’une capsule Soyouz, usine RKK Energia, octobre 2019 – Russie © D.R.

Bien sûr. J’ai participé aux trois premiers départs : les deux premiers du voyage en Russie « Dans les pas de Gagarine », en octobre 2019 et février 2020, et le premier (et seul à ce jour) de « Objectif Lune » (devenu « The Ultimate American Space Tour »), en octobre-novembre 2019. Cela, aussi bien par passion que pour les roder et les améliorer. Ensuite j’avais créé, et prévu d’accompagner, « Crew Dragon, premier vol habité », en mai 2020, puis « De Mercury à Dragon, 60 ans de spatial », en avril 2021, tous deux hélas rendus impossibles par la pandémie.

Maison de Tsiolkovski, Kalouga (Russie), en avril 1980 (© Vitalli) et en octobre 2019 (© D.R.)

Quels sont les souvenirs les plus forts que vous avez de ces voyages ?

Musée d’État de l’histoire de la cosmonautique C. E. Tsiolkovski, à Kalouga (Russie), en avril 1980 (© Vitalli) et en octobre 2019 (© Fabrice Del Taglia)

Ils sont nombreux. D’abord, les participants ont constitué, chaque fois, des groupes extraordinaires : très divers dans leurs compositions – hommes et femmes « de 7 à 77 ans » – mais passionnés et enthousiastes, nous sommes d’ailleurs toujours en contact ! Ensuite les accompagnateurs, véritablement des hommes d’exception : Jean-Pierre Haigneré, d’abord, un véritable héros, un grand pilote d’essai et pilote de chasse, devenu l’astronaute français qui a passé, à ce jour (Thomas Pesquet lui ravira bientôt ce record), le plus de temps dans l’espace (209 jours), puis chef du corps des astronautes européens – et pour autant, un homme très simple qui aime transmettre ses souvenirs et ses connaissances ; Charles Frankel ensuite, un géologue et planétologue franco-américain, très sympathique et drôle, spécialiste de la Lune et de Mars notamment, devenu un fantastique vulgarisateur de ses passions (la géologie, les planètes et… le vin), auteur – entre autres – d’un livre sur l’aventure Apollo (il faut dire qu’il a connu presque tous les astronautes du programme lunaire). Enfin, bien sûr, ce que nous avons vu et fait. S’installer à bord d’une authentique capsule Soyouz, voir et toucher les vaisseaux de Gagarine, Leonov ou Terechkova – sans la présence d’aucun autre visiteur que les membres de notre petit groupe -, circuler dans l’immense salle de la grande centrifugeuse de la Cité des Etoiles, revivre en quasi-temps réel l’alunissage et les premiers pas d’Armstrong sur la Lune au Centre de contrôle de mission de Houston, se retrouver soudain nez à nez avec la navette Atlantis au Kennedy Space Center, s’approcher des pas de tir – historiques, comme celui du programme Mercury, ou encore en activité, comme le 39A de la fusée Saturn V, maintenant utilisé par SpaceX pour ses fusées Falcon 9 – à Cap Canaveral… Sans oublier la rencontre et le dîner exclusifs, en tout petit comité, avec l’astronaute Al Worden, pilote du module de commande d’Apollo 15, que nous avions organisés le 28 octobre 2019, quelques mois à peine avant sa mort, le 17 mars 2020. Cerise sur le gâteau pour ma part, le sentiment étrange d’endroits, en Russie, où je suis allé à quarante ans d’écart, et qui n’avaient pas changé, la maison de Tsiolkovski notamment.

Avec l’astronaute Al Worden, Houston, octobre 2019 – © D.R.

Promouvoir – même de façon très indirecte – le voyage dans l’espace est-il compatible avec vos engagements en matière de tourisme responsable ? N’est-ce pas une activité polluante ?

Le reproche nous en a été fait par une cliente, choquée par notre proposition d’un trek sur la Lune… qui n’était en réalité, bien sûr, qu’un poisson d’avril (mais manifestement un peu trop crédible) ! Elle pointait notamment le « bilan carbone du voyage d’un participant partant de Paris » et doutait que « [notre] « engagement en terme de compensation CO2 » soit à la hauteur du préjudice causé à la planète » ! Je lui avais rappelé qu’une fusée utilisant la réaction de l’hydrogène et de l’oxygène ne produit que… de la vapeur d’eau (c’est le cas de l’étage principal d’Ariane 5, mais pas de ses boosters à poudre). Mais, il est vrai, le CNES a estimé que « les rejets de CO et de CO2 issus de trois lancements Soyouz correspondent aux rejets de 28 véhicules de tourisme, ou aux rejets d’un avion faisant 2 allers retours entre Paris et Cayenne », ce qui n’est ni considérable (eu égard à la rareté des lancements), ni neutre. Aucune activité humaine n’est dénuée d’impact négatif pour l’environnement, et l’exploration spatiale ne fait pas exception. Le tourisme spatial, appelé à se développer dans les décennies et les siècles à venir, devra sans aucun doute adopter, le plus tôt possible, les meilleures pratiques possibles pour préserver aussi bien la Terre que l’espace proche – déjà bien encombré de débris – et les corps célestes (la Lune, puis les planètes) qu’il permettra de visiter. Quant à l’exploitation – minière notamment – de l’espace, elle posera des problèmes bien plus épineux encore (écologiques, géopolitiques, etc.). Mais je ne désespère pas que ces difficultés soient surmontées et que l’humanité en tire le meilleur. Jusqu’ici, globalement, c’est plutôt le cas.

Donc les enfants ont encore le droit de rêver d’avions et de fusées ?

Il est dommage que ce débat soit si vite tombé dans l’anathème et la caricature. Par définition, on ne peut pas interdire un rêve aux enfants (ni d’ailleurs en « inventer » pour eux), quand bien même on le voudrait ; mais je comprends, et je suis même d’accord, qu’on puisse et doive souligner, et remette en cause, les conséquences négatives de certains usages de l’aérien, non pour l’interdire mais pour le faire progresser. Par ailleurs, l’imaginaire et les rêves des petits et des grands vont continuer d’évoluer, de se renouveler, et c’est très bien. Voler, ou aller dans l’espace, continueront, à mon avis, d’y avoir une place importante (mon fils de 5 ans est un vrai astronaute en herbe, et j’espère vivre assez longtemps pour le voir marcher sur Mars, si tel est toujours son rêve…), mais explorer les profondeurs océaniques, par exemple, ou encore réussir à comprendre la pensée animale et à communiquer réellement avec eux, sont des défis et des rêves tout aussi exaltants.

Image de une : Fabrice Del Taglia et l’astronaute Jean-Pierre Haigneré © Bertrand Rieger

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