De l’Everest à la grande muraille !

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7 jours au Tibet

Le Tibet, une région qui nourrit l’imaginaire et les esprits rêveurs à travers les mythes et épopées, souvent relayés par la littérature ou le cinéma.
Nous souhaitions absolument aller découvrir la patrie du Dalaï Lama et jeter un regard subjectif pour le confronter à celui que la Chine (qui s’est emparée de la région en 1959) renvoie depuis lors.
Parler ici d’histoire renverrait inexorablement à parler de politique et de gouvernement, et compromettrait alors la publication de cet article (rappelons que la Chine embauche 1 million de personnes pour bloquer certains réseaux sociaux et contrôler tout ce qui paraît sur Intenet depuis son pays).

Nous dirons juste qu’aujourd’hui, le Tibet tente de conserver ses traditions et protéger sa religion dont la ferveur manquerait de mots pour en dessiner un tableau fidèle. Le tourisme s’est ouvert fortement depuis 2006, mais c’est surtout l’arrivée massive de travailleurs chinois, notamment grâce à la construction de la ligne ferroviaire reliant le Tibet à la Chine, qui a transformé le paysage urbain.
Lhasa, capitale aux 300 000 habitants, se partage aujourd’hui entre un quartier traditionnel et une zone plus vaste vivant au rythme du dragon.

Enfin, difficile de peindre le Tibet sans une esquisse de l’Himalaya en arrière plan. Si le Yéti est toujours recherché, nombreux sont ceux qui trouvent le Toit du Monde en risquant son ascension, ou simplement en le découvrant depuis son camp de base. C’est par précaution physique que nous choisirons la deuxième option, qui emmène tout de même ses visiteurs à 5200m, tandis que Maître Everest fait le fier du haut de ses 8 848 m.

Allons donc suivre les traces de Tintin et de l’abominable homme des neiges.

Lhasa

Après un vol de 5h depuis Pékin, c’est par la capitale tibétaine que nous débutons notre visite de la région. Pour ce, nous avons réservé un circuit accompagné d’une semaine, qui nous emmènera à la découverte de Lhasa d’abord, afin de s’acclimater à l’altitude (3700m), puis du camp de base de l’Everest (5200m, ouch…) en passant par les zones rurales peu habitées mais très traditionnelles. La plupart des visites tourneront autour des monastères, l’âme vivante de ce pays. Nous retrouvons notre groupe composé de 4 autres personnes, et notre guide, Tibétain pure souche aux allures de jeune sherpa.

Lhasa est une ville étonnante. Si ses environs sont déprimants par l’aridité inattendue de ses montagnes et ses champs d’immeubles bétonnés en construction, son centre fait vite oublier cette déconvenue. Ville marquante. Partagée entre sa ferveur religieuse, qui pointe au sommet de ses traditions, et l’implantation chinoise, ramenant avec elle tout ce que la Chine a de meilleur et de moins bon, la Capitale offre à ses visiteurs un contraste spectaculaire.
Non, 7 ans au Tibet n’a pas été tourné ici; non, Brad Pitt n’a pas foulé les ruelles tournant autour du Potala (en tout cas pas durant ce tournage!). En revanche, l’effervescence se dégageant des traditions bouddhistes transcende bien les sites religieux importants.
La visite du Potala restera un moment mémorable de ce voyage. Emblème du Tibet et jadis siège du Dalai Lama, l’imposant palace dégage à travers ses salles de méditation, de prières et d’habitation une atmosphère de paix qui envouterait volontiers le visiteur s’il n’était pas autant oppressé par les groupes suivants, par le temps, ou par les bousculades constantes des fervents religieux, jouant des coudes pour prier devant les vitrines exposant les statues de Bouddha ou les tombes des précédents Dalaï Lama. Trônant au sommet d’une colline dominant la ville, on ne se lassera plus de prendre en photo cet édifice majestueux, sous toutes les lumières de la journée.

Mais il n’est pas le seul à attirer l’attention. Le Jokhang Temple est un lieu de prière incroyable. Ses fidèles se bousculent pour faire des offrandes au bouddha sakyamuni, dieu de l’homme et représentant le présent; sa statue, datant de 2500 ans, est incroyablement vénérée par les religieux venus de tout le Tibet pour y déposer toutes sortes d’offrandes, avant de partir en procession autour du temple, moulin à prière en main.
Si le quartier chinois ne présente pas un intérêt énorme, le quartier traditionnel dévoile le secret des ruelles qui fument l’encens et la rudesse de la vie, tirant pourtant le sourire sur les visages marqués par le temps. Échoppes de bouddhas dorés, marchés de légumes et lieux d’échanges, moines sortant des temples, l’iPhone à l’oreille, vaches et chiens attendant la faille pour traverser la rue de klaxons, écoliers au visage rieur et vieux amants se tenant par les yeux…

Nous découvrons la ville sous toutes ses coutures et par toutes les lumières de la journée. Un théâtre en plein air, qui nous dévoile une culture tissée méticuleusement à travers les obstacles de la vie, l’hostilité du cadre naturel, l’opposition chinoise, mais surtout à travers une religion qui guide un peuple sur les sentiers de la paix.

L’Everest

4 jours et 40h de bus après avoir quitté la capitale, nous revenons plein de souvenirs et d’images en tête. L’Himalaya nous a accueillis les bras ouverts, le ciel radieux, les lumières bénies des dieux, comme pour nous récompenser d’être allé jusqu’à lui pour le saluer. En effet, il se mérite, ce Qomolangma, nom tibétain du Mont Everest.

La route est dure, l’altitude donne des vertiges et tambourine dans nos têtes, les bouis-bouis où nous nous arrêtons nous font regretter d’avoir testé la nourriture locale…nous parvenons au camp de base après deux jours d’une route entrecoupée d’arrêts administratifs pour obtenir les bons permis, de stops toilettes pour les estomacs plus sensibles, de pauses photo au milieu des fanions de prières aux couleurs chatoyantes. Là haut, le soleil se couche déjà sur les 8848m du maître des lieux, tandis que les hôtes accueillent dans leur tente en peau de Yak les visiteurs éreintés par leur voyage; ces derniers rassemblent tous leurs efforts pour grimper sur la colline et profiter de la lumière rosée qui berce l’Everest avant de le plonger dans les ténèbres glaciales de la nuit himalayenne.
6h du matin, le campement ronfle, certains se tiennent le crâne pour éviter qu’il n’explose sous la pression de l’altitude et du manque d’air. Nous serons 7 aujourd’hui à entreprendre la balade d’une heure pour atteindre le meilleur point de vue sur le réveil du toit du Monde. A cette altitude, par ce froid et cette pénombre, 60mn de balade deviennent 10h de trek. Mais la récompense du spectacle dont nous profitons, seuls au monde, nous redonne tout l’air nécessaire, avant que les bus ne débarquent, remplis d’aventuriers moins téméraires ou souffrant d’une nuit mal négociée.

Le chemin retour vers la capitale nous offre une panoplie de paysages époustouflants et de scènes de vie devant lesquelles l’humilité de l’Homme le pousse à se prosterner.
Qu’ils soient paysans ou commerçants, gardes ou moines, écoliers ou instituteurs, ils rejettent les labeurs de la vie en accueillant dans leurs âmes une quiétude éternelle, qui leur permet de vivre jeune très vieux.
Les troupeaux de yaks, de moutons et de chèvres paissent à travers les meules de foin, avant de traverser la route sans prévenir. Leur bonne étoile les conduit de l’autre côté, après un slalom miraculeux entre les chauffards écervelés.
Le retour à Lhasa se présente presque comme un retour à la maison, tellement cette ville s’adopte rapidement.

Hong Kong

Le Hong Kong des buildings
Hong Kong présente pas mal de similitudes avec la Chine dans son architecture, mais on remarque très vite le côté plus occidentalisé de la ville face au « Mainland China »: plus propre, une connaissance plus approfondie de l’anglais, plus de politesse et de courtoisie, plus de respect…
Dès la sortie du ferry qui nous a conduits de Macau à Hong Kong, nous découvrons une typographie de ville assez étrange, avec un champs de buildings coincé entre la mer et les vallées luxuriantes qui font beaucoup plus penser aux Caraïbes qu’à la Chine. Hong Kong Island est par exemple minée de tours plus ou moins modernes sur son littoral nord, mais presque tout le restant de l’île est pourvu d’une jungle dont les vallons permettent de très beaux panoramas, quoique souvent plongés sous la pollution.

Balade sur les hauteurs de la ville, à Victoria’s Peak
En ce moment à Hong Kong, il y a des manifestations dont le Monde entier entend parler, car elle concerne la houleuse question de l’autonomie de la ville face à la Chine. Ce sont les jeunes qui manifestent, et on peut vous dire que quand on manifeste chez eux, ça na pas grand chose à voir avec les débordements que nous connaissons à la moindre grève dans nos rues françaises. Ici, c’est un véritable campement géant de scouts qui s’est implanté en pleine artère principale, au pied des buildings, bloquant ainsi toute la circulation. Les manifestants lisent le journal ou se font prendre en photo par les touristes stupéfaits de cette situation assez insolite…

Le soir, c’est évidemment plus impressionnant, avec les néons qui envoûtent les buildings et les faisceaux lumineux qui partent dans tous les sens. Nous prenons de la hauteur au café du Ritz Carlton, qui affiche l’altitude la plus haute du monde pour un bar (près de 500m !!), et revenons sur terre pour contempler le paysage urbain de Hong Kong Island depuis le port de Kowloon et l’avenue des stars, sosie de Hollywood boulevard (sauf que les étoiles d’ici ne parlent à personne, mises à part celles de Jackie Chan et Jet Li !).

Le Hong Kong des pêcheurs et des randonneurs
Dans les environs proches de ces champs de gratte-ciel côtoyant les nuages, de vastes terrains de jeu pour les randonneurs s’ouvrent sur la Mer de Chine. Le visiteur plonge dans un univers radicalement différent, présentant plus de similitudes avec les Caraïbes et son ambiance tropicale. En fait, même sur Hong Kong Island, il n’y a guère que le littoral nord qui est vraiment habité et construit. Un peu le sud. Et au centre, des crêtes qui jettent un regard lointain sur la mer, et des fôrets à perte de vue.

Plus au nord de Kowloon, nous visitons Sai Kung, petit port très animé où se côtoient les pêcheurs, les photographes réglant leurs zooms sur les parties de chasse des rapaces, les joueurs de djembé, les clients attendant leur commande de poisson dans la barque remplie de merveilles de la mer, et puis les touristes aux yeux grands ouverts devant ce théâtre aux odeurs marines et caressé d’une brise agréable.

Yunnan – Shangri La et les gorges du Leaping Tiger

Shangri-La, autre ville d’intérêt malgré l’incendie qui a ravagé en janvier dernier une bonne partie de son centre (provoqué par une seule personne, aujourd’hui derrière les barreaux !). La culture tibétaine est ici bien imprégnée (nous ne sommes pas loin du Tibet) et nous retrouvons les moulins à prières, les enseignes en tibétain et les monastères qui caractérisent la patrie du Dalaï Lama.

Gorges du Leaping Tiger
Les gorges du Leaping Tiger comptent parmi les plus profondes au monde, atteignant à certains endroits plus de 3500m. Elles possèdent un débit impressionnant et des falaises vertigineuses que nous découvrons à travers les sentiers raides qui conduisent au bord des rapides. La tribu des Naxis vit encore aujourd’hui dans de minuscules hamaux encadrés de belles terrases qui bordent les gorges. Depuis la route, la descente est aisée, la remontée beaucoup moins. Par endroits, des échelles en fer inclinées quasiment à 90• (voire 95) et fixées au moyen d’un système D, voire E, invitent les plus téméraires à défier l’attraction terrestre.
Nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que les meilleurs santiers de randonnée de tout le pays s’étendent le long de ces gorges. Quoiqu’il en soit, elles valent le coup d’oeil, ne serait-ce que pour les sensations de vertige qu’elles procurent.

Le Yunnan – Lijiang

Province sud de la Chine, connue pour ses paysages ruraux de rizières, de glaciers et de gorges laissant couler le fleuve Jaune.
Nous nous envolons pour Lijiang, l’une des principales villes de la province. La vieille ville est classée au Patrimoine de l’Unesco, et ce n’est pas sans raison: comme la Cité Interdite à Pékin, elle apparaît comme un village dans la cité. Labyrinthe de ruelles pavées bordées de bâtisses aux toits typiques de tuiles ondulées et sculptés de mille dragons. Enchaînement d’échoppes en tout genre: tissus colorés, djembés et yukuleles, brochettes de poulet, services touristiques, épices à usage pharmaceutique, sacs en cuir…un régal pour les yeux, notamment à la nuit tombée quand les lumières dessinent les contours des bâtisses et des toits en terrasse qui grimpent sur la colline.

La première partie asiatique de notre tour du monde s’achève (déjà), avec de nombreux souvenirs. Cet immense pays, encore peu fréquenté par les touristes occidentaux, nous a marqué, tant tout est différent et parfois très éloigné de notre quotidien. Nous ne nous attendions pas à cela, les contrastes sont saisissants. Nous sommes passés de la campagne profonde du Yunnan à la folie des mégapoles comme Shanghai ou Hong Kong, des monastères tibétains aux casinos à Macau, de personnes assez distantes envers nous dans la capitale à des rencontres plus chaleureuses dans le Sichuan, de sites touristiques surpeuplés à des temples où nous étions seuls au monde… la Chine se sera montrée généreuse. Bien qu’ayant une culture difficilement pénétrable et pas toujours accueillante, elle recèle de beaux trésors du passé et se tourne incontestablement vers un futur économique et dynamique promu par les jeunes. Autre qualité: jamais aucun sentiment d’insécurité ni de malhonnêteté n’est survenu. Et ça, ça n’a pas de prix !

Deux sites resteront particulièrement dans nos mémoires, la Grande Muraille et Shanghai, que tout oppose.

La première, la Grande Muraille, est une construction incroyable qui nous a bluffés par son gigantisme et son cadre naturel avec des montagnes à perte de vue. Nous nous sommes posés plusieurs fois la même question: comment une telle œuvre à t elle pu se poser là ? Nous aurons la réponse peu de temps après en voyant passer de vaillants ouvriers porter d’énormes briques sur leurs épaules sous une chaleur écrasante… Conseil de voyageurs avertis : se lever très tôt afin de profiter d’un magnifique lever de soleil, et surtout pour avoir la chance d’être seul au monde sur cette muraille qui serpente à l’infini. Nous randonnerons ensuite durant plusieurs heures sur la fortification, n’arpentant pourtant qu’un minuscule morceau de celle-ci…

La seconde, Shanghai, est une découverte moins nature, mais tout aussi intéressante. Nous avons par ailleurs remis la palme à cette ville dans la catégorie « plus beau paysage urbain ». Et, cette récompense prend tout son sens à la nuit tombée, lorsque le quartier financier se pare de son plus bel habit de lumière. Magnifique, surtout depuis la terrasse de l’hôtel Fairmont… Mais il n’y a pas que l’aspect buildings modernes qui présente de l’intérêt : Shanghai, c’est aussi de vieux quartiers et des marchés traditionnels, et surtout un véritable bouillon de cultures. Dans la ville la plus peuplée de Chine s’entremêlent des personnes de tout horizon, créant une animation permanente et une ambiance très agréable. Un sentiment de New-York à la chinoise nous restera à l’esprit, avec un goût d’Orient en plus !

En résumé, un pays captivant, bien loin du tourisme occidental, encore peu développé. Les distances sont immenses, les déplacements se font donc souvent en avion, et il faut parfois avoir le cœur bien accroché pour manger local !

Prochaine étape : direction le Myanmar (ex Birmanie) pour une semaine d’aventures !

 

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Retrouvez le récit détaillé sur www.uneterreencouleurs.com

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