Dernière étape en Serbie

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par Angélique & Vincent
De la Serbie à la France : dernier mois le long du Danube puis à travers la campagne française

Les Portes de Fer jusqu’à Belgrade…
Nos premiers jours en Serbie seront marqués par un temps « pourri » : pluie, froid et vent. On ne campe qu’un jour sur deux car la tente et nos habits ne sèchent pas et nous amortissons nos nuits dans les hôtels en les quittant le plus tard possible ! Nous aurons donc tout le temps de goûter aux spécialités locales bien riches à base de charcuterie et de fromage, pas ce qui se fait de plus diététique ! Puis enfin, après quatre jours de mauvais temps, le soleil est de retour et nous pouvons entamer la traversée des Portes de Fer, ces gorges que le Danube emprunte entre la chaîne des Carpates et des Balkans. La température a cependant sérieusement chuté, et nous partons le matin bien couverts avec veste et gants. Et dire qu’il y a une semaine à peine, nous pédalions en short et t-shirt sur les petites routes bulgares… On en vient même à se dire qu’on aurait mieux fait de remonter les gorges par le côté roumain, exposé plein Sud, car notre route est souvent à l’ombre. A chaque pause de midi, nous devons étaler la tente au soleil pour que celle-ci, trempée par la rosée et la condensation de la nuit, puisse sécher. Nous croiserons néanmoins pas mal de cyclotouristes, que le temps automnal ne rebute pas, comme nous.

Les gorges sont ponctuées ça et là par des forteresses en ruines, celle de Golubac, à la sortie des gorges, est d’autant plus surprenante que la route la traverse de part en part ! Après Golubac, le Danube s’élargit et prend des allures de lac et les nombreuses villas sur ses rives donnent au fleuve un petit air de côte d’Azur. Les derniers jours jusqu’à Belgrade, nous roulerons le plus souvent sur la digue du Danube, profitant du caractère tranquille des lieux, peuplés par de nombreuses espèces d’oiseaux et où les pêcheurs circulent comme nous, à vélo.

Au petit village de Kovin, nous nous ravitaillons à l’heure du déjeuner dans une petite épicerie devant laquelle trois petits papis sont occupés à discuter, assis sur des caisses de bière qu’ils vident une à une. Comme on s’apprête à pique-niquer, ils vont frapper chez le voisin pour que ce dernier nous sorte une table et des chaises de jardin. On a beau leur expliquer que nous sommes très bien assis dans l’herbe, impossible de refuser ! Le voisin nous offrira même des pêches et nous repartirons avec le plein d’eau pour le bivouac.

Puis, nous atteignons Belgrade, la capitale serbe. Malgré le peu de monuments, le cœur de la ville est très vivant et la forteresse offre une vue imprenable sur la confluence entre le Danube et la Save. Nous y passerons une agréable journée à déambuler entre cathédrales, quartier bohème et rues piétonnes. Après Belgrade, le paysage le long de l’Eurovélo 6 s’annonce plat et monotone sur plus de 500 km jusqu’à Budapest : nous préférons donc gagner du temps et prendre le train pour nous rendre dans la capitale hongroise.

Budapest, plus grande ville thermale du monde
Notre séjour en Hongrie se limitera à la visite de la capitale : située sur le Danube, Budapest est née de la jonction de la ville de Pest, rive est, avec la ville de Buda, rive ouest. Nos deux jours sur place ne seront pas de trop pour faire le tour de la ville et de ses monuments, goûter au fameux goulasch et profiter d’un bon bain dans l’un de ses nombreux centres thermaux !

Comme à Sofia, nous participons à une visite guidée gratuite de la ville (free tour). Nous apprendrons ainsi que le hongrois serait une des langues les plus compliquées du monde, que le peuple hongrois est issu de sept tribus originaires d’Asie, que les Hongrois auraient perdu leurs traits asiatiques suite aux invasions mongoles puis ottomanes (au cours desquelles la moitié de la population aurait été massacrée), que contrairement à la croyance, les Hongrois ne sont pas des buveurs de bière, mais bel et bien des producteurs de vins, etc. En ce qui concerne la ville en elle-même, on y trouve finalement très peu de vieux monuments, la plupart ayant été construits suite à l’inondation qui détruisit la ville en 1838. On y trouve ainsi tous les styles « néo », du néo-baroque au néo-classique en passant par le néo-renaissance, s’inspirant de l’architecture des autres capitales européennes. Le parlement serait ainsi une copie de l’abbaye de Westminster à Londres, tandis que la ville de Pest a été reconstruite selon le modèle haussmannien mis en place à Paris.

Budapest est aussi internationalement connue pour ses bains. Certaines sources chaudes étaient déjà utilisées du temps des Romains mais ce n’est que lors de l’invasion ottomane que la culture des bains (turcs) s’est véritablement développée. Aujourd’hui, de nombreux centres thermaux existent, alimentés par 118 sources chaudes. Nous ne pouvions quitter la ville sans aller tester nous-même les bienfaits de ces eaux. Nous plongerons donc dans chacun des bassins des Bains Széchenyi, les plus grands et certainement les plus impressionnants de la ville avec leur décor néo-baroque.

Pour finir, nous testerons aussi la spécialité du pays, le fameux goulasch (ou gulyas) : une soupe de pommes de terre avec du bœuf et du paprika, rappelant le bœuf bourguignon. Prochaine étape le long du Danube : Bratislava, la capitale slovaque !

Bratislava : capitale à taille humaine…
Pour gagner du temps (eh oui ! Nous devons être en France avant la fin du mois d’octobre), nous faisons aussi le trajet de Budapest à Bratislava en train. A l’arrivée, nous avons l’impression de débarquer dans une petite ville de province, style Poitiers, tant la gare est petite. Nous sommes loin de l’effervescence et de l’énormité de la gare de Budapest ! Nous confirmerons cette impression le jour suivant. Peu ou pas de circulation même en plein centre-ville, et les piétons traversent même sans regarder. Il faut dire que Bratislava n’est capitale que depuis la dislocation récente de la Tchécoslovaquie : à l’époque communiste Prague, ville chargée d’histoire, était la capitale. Bratislava devait, quant à elle, faire figure de ville provinciale moderne. Les communistes ont ainsi rasé une bonne partie du centre historique dont seul le cœur a été préservé. Aujourd’hui pris d’assaut par les touristes, son allure de « Disneyland » nous a déçus. Nous avions de loin préféré Budapest, beaucoup plus vivante et authentique. Même la cathédrale (où ont pourtant été couronnés une dizaine de souverains hongrois) nous a déçus : peu travaillée, grossièrement rénovée, on est très loin de la cathédrale de Chartres. Idem pour le château vieux de mille ans qui vient d’être rénové à grand renfort de béton et de crépis. Le charme est perdu… Une curiosité néanmoins : Bratislava possède une église bleue !

Poursuivant notre habitude, nous goûtons dans un des plus vieux pubs de la ville le plat traditionnel slovaque nommé halusky. Il s’agit de gnocchis servis avec du fromage de brebis et du bacon ou des saucisses. C’est bon, mais comme les spécialités des pays précédents, ce n’est pas léger !

A Bratislava, nous retrouvons aussi les euros ! Et nous découvrons les billets de cinq euros verts, on n’était même pas au courant qu’ils avaient changé de couleur ! En parlant d’euros, la visite guidée de la ville nous aura permis de mieux comprendre, outre l’histoire mouvementée du pays, son contexte économique et les disparités qui existent entre capitale et province. Ainsi une vendeuse qui gagne 700€ à Bratislava gagne très bien sa vie. Elle serait payée deux fois moins cher pour le même travail dans une ville de province, où le taux de chômage atteint les 15%. Pourtant, l’essence est aussi chère en Slovaquie qu’en France et la nourriture à peine moins chère. Les plus de 50 ans sont les plus touchés par la crise et beaucoup sont aujourd’hui nostalgiques du régime communiste contre lequel ils se sont pourtant battus (il n’y avait pas de chômage à l’époque et les soins étaient gratuits). Même s’ils sont désormais libres (liberté de la presse, liberté de culte, etc.), ils ont le sentiment d’être les grands perdants du nouveau système économique.

République tchèque : coup de neuf pour nos vélos et immersion chez l’habitant !
Après une petite semaine sans pédaler, il était temps de reprendre les vélos ! Nous quittons temporairement le Danube et remontons plein Nord en direction de la République tchèque. Nous avons rendez-vous chez le fabricant de nos vélos Azub pour une révision complète de nos montures qui affichent désormais 14 500 km au compteur. Honza, le directeur marketing, s’est occupé de nous loger le temps de notre visite. Nous passerons notre première nuit chez Petr, un passionné de vélo couché, qui en plus d’en vendre pour son travail chez Azub, en fabrique dans son temps libre. Avec son fils, il vient de fabriquer un tricycle maison qu’il est fier de nous montrer dans son jardin. Petr nous montrera aussi les nouveaux modèles de trikes et vélos couchés, avec une explication sur chaque innovation : Petr est un homme heureux qui vit de sa passion et sait la transmettre. Le lendemain soir, c’est Honza qui nous ouvre les portes de son appartement, l’occasion pour nous d’en apprendre un peu plus sur l’histoire d’Azub. Cette petite entreprise emploie seulement neuf employés et les assembleurs des vélos chouchoutent leurs « bébés » avec autant d’amour que s’il s’agissait de Ferrari. Nos vélos sortiront de leur atelier comme neufs et la facture sera beaucoup moins salée qu’attendue (il faut dire que ce n’est pas la main d’œuvre à 6€ de l’heure qui l’alourdit !).

Avant de rejoindre le Danube, nous continuons notre détour vers le Nord, pour rendre visite à Pavel, un cyclo que nous avions rencontré au Chili en janvier dernier et que nous avions retrouvé juste avant Ushuaia. Pour lui, le voyage s’est terminé fin février et depuis il a repris son travail de charpentier. Pavel nous accueille les bras ouverts chez lui pendant deux jours et c’est un réel plaisir de le retrouver. Nous ne nous lassons pas de l’entendre raconter ses anecdotes de voyage ! Il nous fait aussi visiter « sa » ville, Olomouc, une ville riche en Histoire et en monuments, connue pour sa « Colonne de la Sainte Trinité », érigée en 1740 à la fin d’une épidémie de peste, et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Pavel est aussi un véritable francophile qui, il y a vingt ans, n’hésitait pas à traverser l’Europe en stop pour visiter notre pays si cher en son cœur : il en a ramené son premier VTT, ce type de vélo étant alors introuvable en Tchécoslovaquie. Pavel, c’est un peu comme Lucho que nous avions rencontré à la « casa de ciclistas » de Trujillo au Pérou, il y a tellement à dire sur lui qu’on pourrait écrire un livre !

Vienne : 4ème et dernière capitale sur le Danube…
Après cette pause en République tchèque, nous mettons cap plein Sud direction Vienne, notre dernière étape le long du Danube. Après le brouillard et la pluie des derniers jours, le soleil refait apparition et nous rejoignons l’Eurovélo 6 une quarantaine de kilomètre avant Vienne. La République tchèque était déjà très bien équipée en pistes cyclables, mais en Autriche c’est encore mieux. Tellement plus que nous entrons dans la capitale sans nous en rendre compte, sans longer une route une seule fois, et on se demande même où est la ville ! Même une fois en son centre, il y a toujours une piste cyclable, et les vélos sont même prioritaires sur les voitures.

Nous ne disposerons que d’une journée pour visiter la ville et ses nombreux monuments. Elle aurait mérité plus mais l’avion nous attend pour un retour en France : nous voulons rentrer pour les vacances de la Toussaint et ainsi voir au maximum nos deux familles. Nous préférons aussi pédaler les derniers jours en France où la météo semble plus clémente.

L’arrivée en France…
Le 22 octobre, nous atterrissons à Toulouse. La sœur de Vincent nous y attend, puis tout va très vite : nous repartons à vélo direction le Gers, où vit la famille paternelle de Vincent, puis nous enchaînons les journées de presque 100 km jusque dans les Deux-Sèvres chez les parents d’Angélique. Pendant notre voyage la famille s’est agrandie et Angélique découvre avec émerveillement son petit neveu. Encore deux jours de vélo et nous voilà à Jonzac, chez les parents de Vincent : fin du voyage le 3 novembre, 14 mois après notre départ de Quito, 18 pays traversés et 15 260 km parcourus. Il va nous falloir un peu de temps pour tourner la page du voyage et passer à autre chose : le corps et l’esprit ont du mal à réaliser que cette fois c’est la fin, et nos vélos se demandent déjà quand ils repartiront pour une prochaine aventure !

Un grand merci à Nomade Aventure pour son soutien sans faille tout au long du voyage. Et merci à vous, familles, amis, voisins et inconnus de la toile qui nous avez suivis. Nous avons pris plaisir à partager avec vous nos aventures et nous espérons vous avoir communiqué notre virus du voyage ! Alors si nous en avons fait rêver certains, qu’ils n’hésitent pas à partir à l’assaut des trésors du monde : que ce soit à pied, à vélo, à cheval ou à mobylette, le monde n’attend que vous !

Plus d’infos sur le blog « Des Andes aux Indes »

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