Onzième étape en Bulgarie

Accueil / Récits de voyage / Onzième étape en Bulgarie

par Angélique & Vincent
Turquie : retour vers le futur !
Après une (très) courte nuit, nous atterrissons le 15 septembre au matin à l’aéroport Atatürk d’Istanbul. Les vélos sont arrivés sans encombre et nous les remontons aussitôt : nous avions déjà visité Istanbul en mars dernier, alors nous décidons de ne pas perdre de temps et de prendre la route en direction de la Bulgarie. Pas facile de trouver la route secondaire cependant car les panneaux n’indiquent que l’autoroute. Mais heureusement les Turcs sont toujours aussi soucieux d’aider et un chauffeur de taxi nous conduira jusqu’à la bonne route en nous attendant à chaque intersection. Les trente premiers kilomètres sont très pénibles : circulation intense sur une 2×2 voies sans bande d’arrêt d’urgence et vacarme assourdissant. Nous avions perdu l’habitude des grandes mégalopoles, les capitales centre asiatiques étant bien plus calmes et surtout beaucoup moins étendues ! Plus loin la route traverse une large zone industrielle (usines textiles et alimentaires), les collines sont grillées par le soleil après la chaleur de l’été, et les champs déjà moissonnés et labourés n’égaient guère le paysage. Nous reprenons l’habitude de demander aux stations essence pour bivouaquer car les lieux à l’abri des regards sont plutôt rares dans ce paysage sec et sans arbres. On avait oublié les appels à la prière de 5h du matin : en Kirghizie ils étaient à peine audibles, mais en Turquie impossible d’y échapper, car il y a souvent plusieurs minarets à l’horizon !

Le retour en Turquie a des allures de retour vers le futur : on retrouve avec plaisir des supermarchés bien approvisionnés (il fallait voir le sourire de Vincent quand il est ressorti du magasin après avoir fait les premières courses !), et ça nous change des magasins kirghiz où il nous était parfois impossible de trouver des pâtes ou des légumes ; on retrouve des WC occidentaux propres, avec papier, savon et eau courante (quel contraste avec les cabanes pipi d’Asie Centrale, souvent sales, et toujours sans eau et sans papier), c’est parfois même tout automatique : pas besoin de toucher quoi que ce soit, la porte s’ouvre toute seule, la lumière s’allume toute seule, et la chasse d’eau s’active toute seule ( !) ; on retrouve des poubelles partout dans les rues (ah enfin finis les casse-têtes pour se débarrasser de nos poubelles !) et on revoit même des petits avions de tourisme survoler la campagne.

Bulgarie : entrée en douceur en Europe
Après trois jours et demi de vélo, nous atteignons la frontière avec le « Bulgaristan » (Bulgarie en Turc !) : bien que nous soyons de retour en Europe (la Bulgarie fait partie de l’union européenne depuis 2007), nous ne sommes pas trop dépaysés car la transition avec les pays en « stan » d’Asie Centrale se fait en douceur : la Bulgarie utilise l’alphabet cyrillique, les Ladas sont encore courantes sur les routes et on voit même régulièrement des charrettes tirées par des chevaux ou des ânes ! Le coût de la vie est encore faible comparé à chez nous (c’est même moins cher qu’en Turquie), et on déniche vite une carte routière et un guide touristique, le tout pour moins de 7€ !

Notre idée est de rallier Sofia la capitale, puis de bifurquer plein Nord pour rejoindre le Danube que nous comptons remonter le long de « l’eurovélo 6 », un itinéraire cyclable qui traverse toute l’Europe le long du fleuve. De là nous souhaitons nous rendre en République Tchèque chez Azub, le fabricant de nos vélos, pour une maintenance complète de nos montures qui approchent les 15000 km.

A peine arrivés en Bulgarie nous rencontrons Julien, un cyclo qui pédale en Europe et en Afrique du Nord depuis un an et demi, et qui nous annonce de belles routes et surtout de la bonne bouffe ! Dans la ville d’après, sur les conseils de Julien, on dévalise le supermarché : du jambon (ah finis les pays musulmans, on retrouve de la charcuterie !), du camembert, et des croissants tout justes sortis du four, un régal ! On pourra enfin diversifier notre alimentation puisqu’on retrouve aussi des pâtes fraîches (et le fromage râpé à mettre dessus !), de la purée, de la polenta, on s’achète même des pavés de saumon, et bien sûr les yaourts bulgares ! A Plovdiv, la prochaine grande ville, on se régale de pizzas (des vrais avec la pâte fine et tout et tout) pour 0,50€ la part, six mois qu’on n’en avait pas mangées, et puisqu’on a décidé de manger diététique, on termine par une grosse et bonne glace ! Bref, heureusement qu’on pédale car sinon on deviendrait obèses avec toutes ces tentations culinaires…

Le soir où nous arrivons à Plovdiv, deuxième plus grande ville du pays, c’est la « nuit des musées » : les musées et galeries de la ville sont ouverts gratuitement au public jusqu’à 2h du matin. Alors il y a effervescence dans les rues et on enchaine concert de jazz en plein air dans la rue piétonne et visites du musée d’histoire et du musée d’archéologie. Plovdiv est une ville chargée d’histoire : fondée par les Thraciens, puis tour à tour romaine, slave, bulgare, ottomane puis de nouveau bulgare. Chaque peuple y a laissé ses traces : forteresse, théâtre romain, mosquée, églises et cathédrales, le tout très bien préservé et mis en valeur, et c’est un réel plaisir de déambuler dans les rues pavées de la vieille ville, entourés de maisons anciennes à colombages. Le lendemain 22 septembre, nous assistons à Pazardzhik à des chants et danses traditionnels à l’occasion de la fête de l’Indépendance, et on se demande pourquoi on n’a pas ça en France en plus du défilé militaire du 14 juillet…

Côté météo, nous profitons de journées chaudes et ensoleillées, même si après Plovdiv nous aurons systématiquement le vent de face. Nous traversons de nombreux villages qui avec leurs petites églises et leurs toits en tuiles nous rappellent la campagne française, à l’exception près que chaque village semble avoir sa spécialité : tandis que l’un se spécialise dans la culture des courges (qui sont alors en vente par centaines sur les trottoirs), le prochain vend ses poivrons rouges par centaines ; il y en a même qui sont spécialisés dans la vente de rouleaux de papier toilette (sans doute pour écouler le stock de l’usine adjacente en ruine) ! Les trottoirs d’ailleurs semblent être une extension du jardin des habitants, puisqu’on y voit cultures de choux ou de poireaux ! Et lorsque l’on passe à vélo, nous sommes souvent applaudis et encouragés avec des « bravos » telles des stars du Tour de France !

Pour rallier Sofia nous choisissons l’ancienne route, très tranquille et presque laissée à l’abandon, car tout le trafic passe désormais par l’autoroute flambant neuve financée avec l’aide de l’union européenne. Nous passerons deux nuits dans la capitale : la première journée sera consacrée à la visite du monastère de Rila, situé dans les montagnes à 120km au Sud de Sofia. Il s’agit d’un site incontournable du pays désormais inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO : situé dans une belle vallée très boisée (d’autant plus belle avec les premières couleurs de l’automne), le monastère fut fondé au 10ème siècle par l’Hermite devenu Saint Ivan Rilsky. Depuis le monastère est devenu un des plus grands de Bulgarie, et est surtout connu pour son rôle de « rempart contre l’Islam » durant les quatre siècles de l’occupation ottomane. Le monastère est toujours en activité et a été magnifiquement restauré, la visite vaut vraiment le détour.

Le lendemain, nous visitons le centre historique de Sofia : la vieille ville s’étage sur plusieurs niveaux et de nombreuses ruines romaines ont d’ailleurs été mises au jour lors de la construction du métro (qui de fait a duré bien plus longtemps que prévu !). Au dessus on trouve des églises de l’époque byzantine (dont l’église Sainte Sophie qui donna son nom à la ville), des hammams et mosquées construits par les Ottomans, et la plus grande église orthodoxe des Balkans. Sofia diffère des autres capitales européennes par le fait qu’elle n’est traversée par aucun grand fleuve : la ville fut en fait établie sur un site riche en sources minérales, et plus de quarante sources chaudes alimentaient traditionnellement la ville (aujourd’hui un réservoir a été construit en amont).

En quittant Sophia, nous traversons la chaîne des Balkans en direction de Vidin où le Danube nous attend. Mais même une fois le col franchi, le relief est loin d’être plat et nous « ondulons » sur des kilomètres sur les petites routes de campagne. En dehors des axes principaux les routes ne semblent plus entretenues, et nous traversons une série de villages à moitié abandonnés avec de nombreuses maisons en ruines. On croise aussi plus de carrioles tirées par des chevaux que de voitures ! Il faut dire que le Nord Ouest de la Bulgarie est la région la plus pauvre du pays, et par conséquent d’Europe, puisque la Bulgarie est classée 28/28 en ce qui concerne le PIB / habitant. On est donc d’autant plus surpris d’y trouver des champs entiers couverts de panneaux solaires, dans des villages pourtant très isolés.

En route nous faisons un détour par Belogradchik, petit village perché sur une crête et dominé par une imposante forteresse, construite par les Romains puis agrandie successivement par les Byzantins, les Bulgares et les Ottomans. La forteresse est construite au cœur de formations rocheuses aux formes étranges, qui ont chacune un nom : les moines, l’ours, le berger, Adam et Eve etc… De Belogradchik, nous enchainons avec la visite de la grotte de Magura 25km plus loin (mais avec de belles montagnes russes au passage, il faut dire qu’on n’a pas pris la route la plus directe, la faute aux panneaux de signalisation inexistants !). Une trentaine de grottes ont été explorées dans la région, la plus grande et la plus belle étant celle de Magura, avec ces 2,5km de galeries souterraines : en plus des nombreuses stalactites, stalagmites, draperies etc, on peut aussi y admirer des peintures rupestres du Néolithique.

Enfin nous atteignons Vidin, importante ville portuaire sur le Danube, où nous sommes rattrapés par la pluie et un vrai temps d’automne. Le mauvais temps rend la ville d’autant plus triste et déprimante : les usines délabrées y sont nombreuses, les lampadaires sont rouillés et la moitié d’entre eux ne fonctionnent plus, et la 2×2 voies qui surplombe la voie ferrée n’est plus qu’une 1×2 voies, puisque la moitié du pont s’est effondrée ! Le long du Danube on peut quand même y admirer la forteresse de Baba Vida, vieille de 1500 ans et très bien préservée.

Le long du Danube nous trouvons aussi ce que nous cherchons : une pancarte balisant l’itinéraire cyclable « eurovélo 6 ». Faute d’avoir une carte détaillée indiquant les multiples variantes, nous devons leur faire confiance ! Nous quittons donc Vidin sous la pluie, sans savoir que nous devrons attendre d’être arrivés en Serbie pour revoir une pancarte « eurovélo 6 » ! Entre temps, on s’est donc sacrément rallongés car nous n’avons pas trouvé le chemin de terre permettant de rejoindre deux villages, et au lieu de faire 44 km (par la route directe) de Vidin à Negotin en Serbie, nous en ferons plus de 80 (et toujours sous la pluie)! Nous arrivons donc trempés et à la nuit à Negotin, puisque malgré nos espérances, il n’y a aucun hôtel à Bregovo, la ville frontière côté bulgare… Au programme maintenant, remonter le Danube jusqu’en Hongrie !

Plus d’infos sur le blog « Des Andes aux Indes »

Articles recommandés

Laisser un commentaire

shoes