Dixième étape au Kirghizstan

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par Angélique & Vincent
Kirghizstan : à pied, à cheval et à vélo… entre pâturages, lacs et vallées !
Plus d’un mois et demi déjà que nous sommes en Kirghizie, et on n’a pas eu le temps de s’ennuyer ! Après le rush du Tadjikistan, nous tenions à prendre notre temps et laisser un peu nos vélos de côté afin de profiter des nombreuses possibilités de treks et de randonnées équestres qu’offrent les montagnes. Ce fût chose faite dans la vallée d’Alaï à peine arrivés du Tadjikistan, et nous avons remis ça près de Karakol dans la chaîne des Tian Shan ou « monts Célestes », à quelques encablures de la Chine et du Kazakhstan. Cela ne nous aura pas empêché de pédaler plus de 1400 km de vallées en pâturages en passant par de magnifiques lacs d’altitude, qui nous auront permis de goûter à la vie nomade.

Vallée d’Alaï : de yourtes en pâturages… jusqu’ au pied du fameux pic Lénine !
Notre arrivée à la douane kirghize 18 km après le col frontière de Kyzyl-Art (où nous vous avions quittés à la fin du dernier article) aura failli ne pas passer inaperçue : alors que la douane est en vue, nous voilà poursuivis par un troupeau de yacks énervés par les deux chiens de bergers qui nous accompagnent depuis la douane tadjike, bien malgré nous. On ne faisait pas les fiers, et même si on aurait bien aimé filmé la scène plutôt insolite, on a préféré déguerpir au plus vite ! Finalement les chiens ont eu une bonne frayeur et s’en sont retournés chez eux, et notre entrée dans le pays sera officialisée sans encombre.

Après avoir dévalé 1 000 m de dénivelé, nous voilà dans la vallée d’Alaï, large vallée glaciaire bordée au sud par les sommets à plus de 7 000 m du Pamir Alaï. Alors que le versant tadjik de la chaîne est très aride, le versant kirghize est nettement plus arrosé et une fois le col franchit, d’un coup la verdure réapparaît, pour le plus grand bonheur des nombreuses marmottes qui vivent en altitude, et des nombreux troupeaux qui paissent plus bas : yacks, vaches, chevaux et moutons. Lorsque les premières yourtes apparaissent le tableau est complet : voilà la Kirghizie telle qu’on l’imaginait, avec son herbe verte battue par les vents, ses animaux en semi-liberté, et ses bergers qui perpétuent leur tradition nomade. Du fait du climat plus humide, les sommets sont couverts de glace et la vue sur cette barrière dominée par le pic Lénine et ses 7 134 m est spectaculaire depuis la vallée : nous sommes conquis.

Cinq jours de rando au milieu des coquelicots !
Nous décidons donc de rester dans la vallée quelques jours et organisons par l’intermédiaire du CBT de Sary Moghul cinq jours de rando à pied et à cheval. Le CBT (Community Based Tourism) est un programme de tourisme communautaire développé à travers tout le pays qui permet de mettre en relation les touristes indépendants avec des guides, chauffeurs, maisons d’hôtes… avec pour objectif de soutenir directement les populations locales. Nous trouvons ainsi facilement un chauffeur pour nous conduire au lac Tulpar-Köl d’où nous faisons une première superbe rando jusqu’au pied du Pic Lénine. Au-delà des pâturages les marmottes abondent, tout comme les fleurs : myosotis, iris, edelweiss, coquelicots, etc. Il y en a tellement que nous sommes obligés de les piétiner ! De l’autre côté de la vallée se dresse le grand camp de base des alpinistes : le pic Lénine est en effet un « 7 000 » réputé facile techniquement. De retour au lac où nous avons installé notre tente près d’une yourte, nous rencontrons un berger qui garde son troupeau de moutons avec son âne et nous invite à faire un brin de causette : père de dix enfants, ce papi qui se passionne pour les livres d’Histoire et lit la poésie iranienne est aussi un clown qui ne peux résister à l’envie de faire des grimaces quand Angélique sort l’appareil photo. Le lendemain, nous contournons le lac pour remonter la vallée du pic Estonia : nous cheminons cette fois entre les yourtes et les troupeaux de yacks, vaches et chevaux ! Les Kirghiz que l’on croise veulent nous offrir du koumis, ce lait de jument qui une fois fermenté devient légèrement alcoolisé et pétillant, mais nous réussissons à feinter pour nous échapper. Vincent avait déjà goûté à cette boisson qui fait la fierté des Kirghiz lors de sa première visite, il y a trois ans, et il n’était pas pressé d’en reboire : son effet est souvent redoutable sur les estomacs occidentaux !

Pour les trois jours suivants, nous partons à cheval sur le versant nord de la vallée d’Alaï, par un itinéraire peu touristique conduisant aux lacs Besh-Köl (cinq lacs) à plus de 4 000 m d’altitude. Nous bivouaquerons deux nuits près d’une yourte où nous prendrons nos repas, ce qui nous permettra de goûter à la nourriture traditionnelle des nomades constituée uniquement de pain, de thé et de produits laitiers : koumis, kurut (boules de fromage très sec), yaourt, crème, et beurre. On se met alors à rêver d’une grosse pastèque… L’intérieur des yourtes est souvent richement décoré : les shyrdaks, des tapis en feutre cousus, couvrent le sol, tandis que des ceintures en laine tissée maintiennent en place l’armature en bois.

Osh et la vallée du Fergana
Après une semaine de pause rando, nous enfourchons à nouveau nos vélos en direction d’Osh, deuxième plus grande ville du pays. Le premier soir, alors que nous atteignons le sommet du col Taldyk à 3 600 m d’altitude, nous demandons à deux gamins perchés sur un âne où nous pouvons trouver de l’eau. Ils nous conduisent alors à la source située derrière leur yourte, puis la famille nous offre le thé et nous invite à bivouaquer près de chez elle, ce qu’on accepte avec plaisir. Vincent passera le reste de l’après-midi à jouer au Freesby avec les enfants, et les aidera même à rentrer les moutons le soir venu. Le lendemain, plus de 2 000 m de descente nous attendent jusqu’à Gulcho : changement d’ambiance, puisque nous quittons les verts pâturages pour une succession de villages fleuris en fond de vallée. Le climat devient bien plus chaud et aride aussi. Ce soir, nous logerons chez Clara : une femme adorable qui a un vrai sens de l’accueil et qui sait régaler ses hôtes. On y a même goûté au vin kirghiz !

Enfin, après un dernier col où les nombreuses yourtes nous font penser à un village de schtroumfs, nous descendons dans la fournaise de la vallée du Fergana. A Osh, nous retrouvons sans aucun plaisir l’agitation et le bruit des grandes villes : les bouchons dans le centre-ville, les coups de klaxons à tout va, la chaleur et les moustiques nous poussent à y rester le moins de temps possible. Alors on se ravitaille et on profite de l’accès internet, et on repart !

En quittant Osh, nous appréhendions la chaleur (nous sommes désormais en dessous de 1 000 m), mais heureusement, celle-ci n’a rien à voir avec ce que nous avons connu en Ouzbékistan en juin, même si la température atteint facilement les 30°C. En dehors des villages, l’herbe est grillée par le soleil, mais grâce à l’eau canalisée depuis les vallées en amont les cultures abondent : pastèques, melons, tomates, oignons et même du coton. Les stands de vente au bord de la route ne manquent pas et alors qu’on s’arrête pour acheter un melon, on nous l’offre ! Même chose quelques jours plus tard avec une pastèque ! Un soir alors que nous cherchons un endroit pour bivouaquer, nous tombons sur Ait-Kul, un paysan au cœur d’or qui nous indique un endroit au calme entre ses champs et nous offre au passage tomates, poivrons, concombres et oignons fraîchement ramassés, un amour !

Nous atteignons finalement les gorges de la rivière Naryn : avec son eau bleu-vert, ses cinq barrages successifs et sa route à flanc de falaise, la rivière Naryn a des airs de Verdon. Après l’immense barrage Kara-Kol (210 m de haut et 150 m de large), il nous faudra contourner sur plus de 100 km le tout aussi immense lac Toktogul, très poissonneux. Les cafés et restaurants en bord de route proposent d’ailleurs tous la fameuse truite du lac. Après les gorges, le paysage devient plus ouvert, et les champs de maïs et d’arbres fruitiers abondent autour des villages. Puis nous reprenons de l’altitude et remontons pendant deux jours la vallée de Chychkan jusqu’au col d’Ala Bel à 3 200 m : la basse vallée couverte de fleurs est le paradis des abeilles et des apiculteurs, et le miel est vendu en bouteilles ou en bidons en bordure de route. Plus haut les locaux ramassent des sauts entiers de framboises sauvages qu’ils vendent ensuite aux automobilistes. Plus haut encore, on atteint les alpages et les yourtes en bordure de route vendent toutes du koumis, du lait, du yaourt ou bien des kuruts.

Le lac Song-Köl : un petit air de paradis !
Une fois de l’autre côté du col, nous bifurquons vers la vallée de Suusamyr avec pour objectif d’atteindre dans quelques jours le lac Song-Köl, perché à plus de 3 000 m d’altitude, où de nombreux éleveurs montent passer l’été avec leurs troupeaux. Le goudron cède place à la piste et bien que nous continuions à descendre, nous progressons lentement à cause de la tôle ondulée. Nous traversons de nombreux petits villages et le trafic devient plus calme. Nous rencontrons malheureusement trop souvent des hommes ivres dès 9h le matin : la vodka semble faire des ravages dans les campagnes. Les hommes occupés aux champs à faucher l’herbe pour l’hiver ne sont pas plus frais et Vincent en fera l’expérience un soir : il n’aura pu cette fois éviter ni les verres de vodka ni le koumis. Angélique restée en bord de route pour tenir les vélos y échappera, ouf !

A Kyzart, nous bifurquons en direction du Song-Köl : nous avons volontairement choisi la piste d’accès au lac la moins fréquentée, car c’est celle qui offre le plus beau panorama. C’est aussi la plus difficile : il nous faut franchir un col à 3 240 m et grimper plus de 1 000 m sur moins de dix kilomètres, les cinq derniers kilomètres étant particulièrement raides. Avec l’état de la piste qui se dégrade et la pente qui se redresse, il nous faut souvent nous mettre à deux pour pousser un vélo. Quand enfin nous atteignons le col à 16h, nous sommes complètement épuisés : heureusement les cinq kilomètres de descente sont vite avalés et nous plantons la tente entre les yourtes et le lac.

Le lendemain, nous ne faisons qu’une courte journée de vélo pour rejoindre l’extrémité orientale du lac par une piste en terre à peine utilisée et qui nous procure le même sentiment de liberté que sur le salar d’Uyuni en Bolivie. La vie semble paisible ici et, par beau temps, le lac et les vastes pâturages qui l’entourent auraient même un petit air de paradis. Début juin, de nombreux villageois accomplissent la transhumance avec leurs troupeaux jusqu’aux jailoos (pâturages d’altitude) autour du lac, et plantent leurs yourtes pour l’été. Les vaches, chevaux et moutons paissent tranquillement en liberté, et on se sent bien loin des espaces clôturés sur des centaines de kilomètres que nous avions pu observer en Amérique du Sud. Les gamins en vacances scolaires deviennent bergers pour quelques mois, et chevauchent à longueur de journée en surveillant les troupeaux. Ici, les mômes montent à cheval avant même de savoir marcher !

Le lac Issyk-Kul… et si on allait à la plage !
Changement d’ambiance alors que nous atteignons le lac Issyk-Kul deux jours plus tard : situé à 1 600 m d’altitude, le lac avec ses 170 km de long est le deuxième plus grand lac alpin du monde, juste après le lac Titicaca. Grâce à ses sources thermales sous-marines et à sa légère salinité, le lac ne gèle jamais et l’été la température de l’eau atteint les 20°C, ce qui en fait un lieu de villégiature très prisé. La côte Sud a cependant gardé son caractère sauvage, et nous pédalons sur des dizaines de kilomètres en bord de plages quasi-désertes ! On y fait donc une longue pause baignade et glandage, et au soir venu, on plante la tente !

A l’extrémité est du lac, la ville de Karakol est réputée pour son marché aux animaux, un des plus grands d’Asie centrale. Les affaires commencent tôt, dès 5h, et à 9h, la moitié des animaux ont déjà été vendus. Le marché a lieu en plein air, et c’est la cohue, il faut zigzaguer entre les vaches, les moutons, les chèvres et les chevaux, et les prix se négocient durement ! Mais comment ramener chez soi les moutons que l‘on vient d’acheter ? En voiture bien sûr ! Les moutons ou les chèvres sont ligotés puis chargés dans le coffre ou sur la banquette arrière, qu’il s’agisse d’une vieille Lada ou d’une Mercedes flambant neuve ! Un vrai spectacle surtout quand la bête refuse de coopérer et se fait traîner sur des dizaines de mètres jusqu’à la voiture !

Trek dans les Monts Célestes… aux allures himalayennes !
Karakol est aussi une base idéale pour explorer les Tian Shan ou Monts Célestes, et est ainsi devenue une des meilleures destinations d’Asie centrale pour les amateurs de randonnée et d’alpinisme. La portion la plus haute des Tian Shan se dresse le long de la frontière avec la Chine et le Kazakhstan : avec ses sommets qui culminent à plus de 7 000 m (pic Pobedy, 7 439 m) et ses glaciers immenses, dont le grandiose glacier d’Inylchek (60 km de long), le massif a des allures himalayennes. Bien qu’il soit possible d’organiser des treks dans ce secteur, par manque de temps nous nous sommes contentés du massif un peu moins haut des Terskey Alatau qui offre déjà un bel avant goût des Tian Shan, avec au passage une belle vue sur le Pic Karakol, point culminant du massif avec ses 5 216 m.

Nous avons donc fait un trek de six jours avec l’assistance d’un porteur, au départ de la station thermale de Jeti-Öghüz à 25 km à l’ouest de Karakol, et avons terminé à Ak-Suu 10 km à l’est, en passant par le superbe lac glaciaire Ala-Köl (3 532 m) et les sources d’eau chaudes d’Altyn Arachan (spa d’or). Le massif très boisé (épicéas, frênes, genévriers, etc.) contraste fortement avec les paysages arides que nous avions observés précédemment dans le pays : s’il n’y avait pas des yourtes ici et là, on pourrait se croire dans les Alpes ! L’itinéraire offre de nombreux points de vue sur les glaciers du massif, qui descendent étonnamment bas à 3 200 m. Le chemin quant à lui n’est pas ou très peu balisé, et on le perd facilement : c’est d’autant plus difficile qu’il est aisé de confondre le sentier avec les nombreuses sentes d’animaux. Il nous faut alors franchir des amas de troncs d’arbres morts ou bien traverser des rivières à gué en ôtant les chaussures pour le retrouver !

Après la « route de la Soie »… la « route vers chez soi »
De retour à Karakol, nous nous octroyons une bonne journée de repos avant de prendre le bus pour Bichkek. Après six mois en Asie, la capitale kirghize marque la fin de notre aventure sur la route de la Soie : il nous est en effet impossible de rallier l’Inde à vélo comme prévu, faute de pouvoir obtenir les visas chinois et pakistanais. Alors changement de programme : après la route de la Soie, nous entamons désormais la « route vers chez soi » ! Nous nous envolons prochainement pour Istanbul d’où nous rentrerons en France à vélo.

Plus d’infos sur le blog « Des Andes aux Indes »
Voir notre voyage « Avec les nomades du lac Song Koul »
Voir notre voyage « Immersion tout confort chez les kirghiz »
Voir notre voyage « Kirghizie, la chevauchée céleste »

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