Neuvième étape au Turkménistan et en Ouzbékistan

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par Angélique & Vincent
Nos premiers tours de roue en Asie centrale !

Turkménistan express : cinq jours pour traverser le pays !
Après un mois et demi en Iran, nous entrons le 25 mai au Turkménistan. Les gens ont des visages asiatiques et on se sent enfin en Asie centrale ! Les femmes s’habillent avec de longues robes moulantes aux couleurs vives, et certaines portent le voile, qui est alors très coloré et bariolé, et attaché à l’arrière de la tête. Les hommes, quant à eux, portent le calot traditionnel, une sorte de mini-bonnet brodé et coloré.

Nous n’avons qu’un visa de transit de cinq jours pour traverser le pays et rallier la frontière ouzbek, 550 kilomètres plus loin. Nous devrons donc faire un saut en bus si nous ne voulons pas pédaler comme des fous dans le désert, d’autant que la route est dans un état lamentable les premiers kilomètres et qu’elle ressemble par endroit à un vrai parcours de VTT ! C’est d’autant plus étonnant que le Turkménistan pourrait être un pays prospère avec les énormes ressources gazières qu’il possède, mais au lieu d’investir dans les infrastructures l’argent est passé ailleurs : monuments administratifs grandiloquents et statues en or à l’effigie de l’ancien dictateur…

Le paysage est plat et semi-désertique. Nous y croiserons quand même nos premiers troupeaux de dromadaires (qu’on attendait depuis qu’on avait vu des panneaux « attention, traversée de dromadaires » dans le désert… en Iran) qui sont élevés pour passer à la casserole ! Malgré le climat aride, nous traversons aussi pas mal d’étendues cultivées : les femmes dans les champs sont enturbannées à la façon touareg pour se protéger du soleil et nous saluent à notre passage. Sur la route pour Mary, nous voyons les premiers champs de coton, dont l’irrigation continue d’assécher la mer d’Aral. Les Soviétiques ont en effet entreprit dans les années 50, la construction de l’énorme canal du Karakoum, qui draine l’Amou Daria pour irriguer la moitié Sud du pays, afin que l’industrie textile fasse « un grand bon en avant ». Depuis, la mer d’Aral a quasiment disparu, provoquant une catastrophe écologique à grande échelle et de graves problèmes de santé pour la population alentour.

Mary est une ville soviétique avec de larges avenues et des immeubles de styles HLM couverts de grosses paraboles. Nous y prenons le bus pour Turkmenabat afin d’arriver à temps à la frontière ouzbek. En route, nous traversons l’Amou Daria sur un pont flottant d’une autre époque, et constatons avec surprise que le fleuve a un débit impressionnant. Nous sommes en effet au printemps et la fonte des neiges bat son plein au Tadjikistan où le fleuve prend sa source. On peine à imaginer les quantités astronomiques d’eau prélevées pour l’irrigation car moins de 10% de l’eau du fleuve atteint en réalité la mer d’Aral à l’agonie. Puis, nous arrivons au poste frontière et filons vers l’Ouzbékistan !

Ouzbékistan : merveilles de l’architecture timouride, grosses chaleurs et repos forcé chez l’habitant !

Boukhara, ville la plus sainte d’Asie cent rale
Les premiers kilomètres en Ouzbékistan, nous pédalons toujours en plein désert sous une chaleur torride : il fait 38 degrés à l‘ombre et finalement nous préférons pédaler car au moins nous avons un peu d’air. Puis apparaissent les premiers villages et soudain le désert devient vert : arbres et cultures longent la route qui enjambe de nombreux canaux d’irrigation. La couleur marron de l’eau ne décourage pas les enfants de s’y baigner et nous les voyons sauter dans l’eau avec un plaisir évident. Sur la route les affiches de propagande sont semblables à celles observées au Turkménistan, donnant l’image d’un pays fertile et prospère où abondent le coton, le blé et les grosses pastèques ! En revanche les berlines Toyota du Turkménistan sont remplacées par des petits vans de marque coréenne et de vieilles Lada, les gens se déplacent aussi beaucoup à vélo ou à dos d’âne.

Le lendemain, nous atteignons Boukhara, ville la plus sainte d’Asie centrale, riche en monuments vieux de mille ans. Capitale de l’Etat samanide de culture persane aux IXe et Xe siècles, Boukhara devint alors un important centre de la culture musulmane, et ses nombreuses medersas (écoles coraniques) formèrent de grands érudits parmi lesquels astronomes, poètes et mathématiciens. Aujourd’hui, flâner dans ses rues entre la citadelle, les medersas, l’ancien bazar couvert, occupé par les artisans et les boutiques de souvenirs, et le fameux minaret Kalon, est un réel plaisir. La légende veut que le minaret, qui avec ses 47 mètres était le plus haut monument d’Asie centrale, fût épargné par Gengis Khan tellement il le trouvait impressionnant ! La vieille ville, bien qu’ayant été restaurée, a su garder un aspect authentique et vivant : les locaux s’installent entre les medersas pour y disputer des parties de dés ou de dominos, et la place Liab-i-Haouz est très animée le soir, quand la fraîcheur de la nuit arrive. Pour dénicher le « Char Minar », ensemble de quatre minarets d’influence indienne, il faut se perdre dans les ruelles de la vieille ville qui n’ont guère changé d’aspect depuis 200 ans. On a beau être en pleine ville, on se croirait dans un petit village ! Les hommes sont encore nombreux à porter le calot traditionnel, un petit chapeau noir à quatre côtés brodé de blanc, appelé dopy, et les femmes s’habillent avec de longues robes colorées assorties d’un pantalon du même tissu. Les hommes comme les femmes affectionnent particulièrement les dents en or !

Samarcande, ville mythique sur la route de la soie
Prochaine étape de notre séjour en Ouzbékistan : rallier Samarcande, étape obligée sur la route de la Soie, située au carrefour des routes de la Chine, de l’Inde et de la Perse. Il nous faudra trois jours de vélo sous une chaleur intense pour y parvenir. Le paysage est essentiellement rural, et nous longeons les champs de coton, les plantations d’arbres fruitiers, et les champs de blé qui sont déjà en cours de moissonnage. Les paysans font la sieste aux heures les plus chaudes, sur des carottes (sorte de plateformes où l’on installe des matelas pour dormir ou une nappe pour manger) à l’ombre des haies.

A Kattagorgon, où nous arrivons au terme d’une longue étape, nous sommes invités à passer la nuit chez Navruz, étudiant en économie à Tachkent, et qui parle très bien l’anglais. Angélique est aussitôt mise à contribution pour aider les sœurs de Navruz, Malika et Shirina, à éplucher les carottes pour le plov. Le plov est le plat national et les Ouzbeks ont pour coutume de le cuisiner chaque dimanche. Il s’agit de riz frit avec des carottes coupées en fines lamelles, accompagné de morceaux bien gras de mouton. On en avait un peu peur, au vu des témoignages lus sur internet de cyclos ayant eu des indigestions à cause du gras de mouton, mais nous sommes sauvés par le fait que les Ouzbeks mangent dans un plat commun : les morceaux de mouton sont disposés au dessus du riz, mais nous n’avons pioché que le riz et les carottes dans le plat ! Dans la maison, c’est clairement la grand-mère qui fait la loi, et même Navruz, deux fois champion de boxe du pays, n’en mène pas large devant sa babouchka de 74 ans aux multiples dents en or ! Les deux plus jeunes sœurs de Navruz, Bahara et Sitora, sont, quant à elles, des adolescentes modernes qui ont délaissé la tenue traditionnelle au profit de la mini-jupe !

Le lendemain, à l’entrée de Samarcande, nous franchissons notre 10 000ème kilomètre le jour de l’anniversaire de Vincent. Nous fêterons ça avec un petit resto où nous dégusterons des laghmans (sortes de nouilles aux légumes et… au mouton) suivi d’une énorme coupe de glace ! Samarcande connut son heure de gloire sous le règne de Timur lang (Tamerlan) qui en fit sa capitale au XIVe siècle. Lors de ses campagnes féroces à l’étranger, Tamerlan réquisitionna les meilleurs artisans de Pékin à Bagdad, puis lui et ses successeurs (en particulier son petit fils Ulug Beg) firent construire la plupart des monuments qui sont aujourd’hui emblématiques de la ville : Samarcande resta pendant deux siècles le centre économique et culturel d’Asie centrale. Aujourd’hui, le centre historique, avec ses medersas ornées de faïences aux motifs géométriques ou floraux, ses mosquées aux sublimes coupoles bleu turquoise, et ses mausolées aux somptueuses mosaïques, tous récemment restaurés, n’ont cependant pas le même charme que les monuments de Boukhara : la place du Régistan, ensemble de trois medersas devenues le symbole de la ville, a un air de Disneyland et des spectacles sons et lumières y ont lieu régulièrement. La vielle ville, et en particulier le quartier juif et ses étroites ruelles, a complètement été barricadée afin de cacher « la vraie vie » aux yeux des touristes : des murs ont été construits en travers des rues et, pour y accéder, il faut entrer par une porte de garage ! Nous avons de loin préféré Boukhara…

Repos forcé chez l’habitant
De Samarcande, nous faisons route pour Denau et la frontière tadjike. Il nous faut au passage traverser les monts Hissar, prolongement occidental de la chaîne du Pamir. Nous comptions passer quelques jours à Boysun pour faire de la randonnée dans les montagnes au-dessus de la ville, en attendant de pouvoir entrer au Tadjikistan. Manque de chance cependant, l’unique hôtel de la ville étant fermé pour cause de travaux, nous avons été contraints de continuer vers Denau. Vincent souffre de plus en plus de la chaleur, et nous faisons désormais une longue pause aux heures les plus chaudes. Il faut dire que l’on récupère mal la nuit, car il fait toujours chaud, et surtout il fait jour dès 4h le matin, et dès que la tente est au soleil, on ne tient plus…

A Denau, nous sommes invités à passer quelques jours dans la famille de Fatima et Sevara, qui en guise d’accueil nous apportent thé, bonbons, pastèque, prunes, pain, fruits secs et jus de fruit bien frais, un vrai festin ! Sevara est maman d’un petit garçon d’un an et demi, Sanjar, et s’occupe des tâches ménagères, tandis que Fatima, dix-huit ans, fait la coquette et passe son temps entre copines… Leur mère ressemble presque à une « mama africaine » dans sa large robe aux motifs colorés. Le soir, les voisins défilent pour dire bonjour, apporter des tomates, ou partager le repas que l’on prend sur le carotte installé dans la cours : tout le monde se connaît dans le quartier, et les liens entre voisins sont très forts.

Les jours suivants, c’est le voisin Mohtor qui s’occupe de nous. Mohtor est médecin ambulancier à l’hôpital tout proche, et dans son temps libre, il fabrique aussi des fours tandoori en argile qui servent pour la cuisson du pain ou des samsas, sortes de beignets à la viande. Alors, quand l’état de Vincent empire, nous sommes entre de bonnes mains : la fille de Mohtor, Maftuna, et son frère Sardor sont tous deux étudiants en médecine. Vincent a 40° de fièvre et se sent très fatigué, mais malgré le repos au frais et les multiples paracétamols, la fièvre ne passe pas. Mohtor propose un cocktail soviétique vodka-antibiotiques mais nous préférons faire des analyses pour savoir d’où vient le problème. Alors, direction l’hôpital pour des examens complets. Vu l’hôpital, on se dit qu’il vaut mieux que ça ne soit pas trop grave : pas de savon nulle part, même dans les toilettes où Vincent doit prélever son urine dans un flacon de récupération bien sûr non stérile, et le matériel ne semble pas avoir été mis à jour depuis l’époque soviétique… Alors, avant de faire la prise de sang, l’infirmière se désinfecte les mains en se versant de l’alcool dessus, faute de savon… Mais bon, nous serons soulagés quand enfin nous aurons les résultats : paludisme, niet, hépatite, niet, analyse de sang normale… Alors quoi ? Vincent souffrirait seulement d’un manque de sel. Nous avons en effet beaucoup sué à vélo, et bu beaucoup d’eau pour compenser, mais pas mangé suffisamment salé pour remplacer le sel éliminé. Vincent est donc au régime au sel pour quelques jours !

Vive la mariée !
Etant donné l’état de santé rassurant de Vincent, nous sommes invités le lendemain matin au mariage qui a lieu dans le quartier : les hommes sont invités dès 7h pour manger du plov, tandis que les femmes se rassemblent dans un autre lieu à 10h pour un repas de soupe (au gras de mouton), plov (encore au gras de mouton) et de pastèque (pas au mouton, ouf !). Quand chez les femmes on se met à danser, chez les hommes on s’attable pour le repas de midi avec, encore du plov, cette fois accompagné de chachliks (de mouton bien sûr), et de bière (c’est riche en minéraux et très bon pour Vincent !). Les femmes se sont faites belles et certaines ont teint leurs sourcils en les joignant au dessus du nez, en symbole de féminité. Elles dansent élégamment avec de grands gestes des bras et des mains. Les mariés, quant à eux, ne font qu’une brève apparition : la mariée, habillée avec une robe blanche à l’occidentale, salue chaque table d’invités en tenant le voile qui lui couvre le visage à bout de bras et en s’inclinant trois fois. Les musiciens jouent un morceau en l’honneur des mariés, puis ces derniers s’engouffrent dans une voiture et on ne les revoit plus…

Prochaine étape : vers la redoutable mais magnifique route du Pamir
Le lendemain 26 juin, il est temps de quitter notre famille d’accueil. Nous quittons Mohtor et sa femme Mahfuza qui nous ont accueillis pendant quatre jours avec un cœur d’or, puis nous nous mettons en route pour la frontière. Vincent, tout juste rétabli, pédale doucement, et nous atteignons la douane à midi. Les formalités d’entrée au Tadjikistan sont rapides (pas de fouilles des bagages !), et nous pouvons donc poursuivre sur Douchanbé et, la redoutable mais magnifique, route du Pamir et ses cols à plus de 4 000 m…

L’OUZBEKISTAN

LE TURKMENISTAN

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